À l’occasion de la 25ème année des Prix Orange et Citron, l’AGIDD-SMQ souhaite modifier un peu les règles établies, afin d’en faire une occasion spéciale. Pour cette raison, il a été décidé de remettre des prix spéciaux dans les deux catégories. Ces derniers ont pour vocation d’offrir un recul et une mise en lumière de l’ensemble des réalisations de ses récipiendaires sur le dernier quart de siècle.

Dans un premier temps, les membres du conseil d’administration de l’AGIDD-SMQ ont décidé de remettre un Prix Orange – Hommage à une personne qui s’est consacrée tout au long de sa carrière à promouvoir et à défendre les droits des personnes qui vivent un problème de santé mentale. Le nom de cette personne vous sera dévoilé lors de la remise de son prix en mai prochain. D’ici là, vous êtes invité à laisser aller votre imagination !

Pour le prix Citron, l’équipe de l’AGIDD-SMQ ainsi que les membres du conseil d’administration ont fait une pré-sélection parmi les récipiendaires depuis 1996 et ont choisi trois candidats qui mériteraient de gagner « Le Citron des citrons ». Alors, à votre avis, lequel est contrevenu le plus gravement au respect des droits des personnes vivant un problème de santé mentale au cours des vingt-cinq dernières années ?

Institut universitaire en santé mentale de Québec

Anciennement connu sous le nom du Centre Hospitalier Robert-Giffard, l’Institut universitaire en santé mentale de Québec détient le record d’obtention des prix Citron. Au cours des vingt-cinq dernières années, l’établissement a en effet reçu le prix Citron à trois reprises : en 2003, 2006 et 2011 pour avoir usé et abusé de mesures de contrôle comme l’isolement, allant à l’encontre du consentement, de la liberté et du bien-être des personnes hébergées. Citons, à titre d’exemple, le cas d’une personne qui a été isolée pendant vingt-cinq jours consécutifs en 2006. Dernièrement, l’Institut s’est encore illustré dans sa gestion scandaleuse des soins : l’établissement a d’abord passé sous silence une éclosion de COVID19, laissant la situation s’empirer, et allant jusqu’à laisser des patients une journée entière sans être alimentés ni hydratés faute de personnel soignant. Héritier du tristement célèbre Asile de Beauport (1845), cet établissement semble encore loin de prodiguer des soins dans le respect des personnes, de leur intégrité et de leur dignité.

Le Collège des médecins du Québec

Récipiendaire du prix citron à deux reprises, en 2005 et 2014, le Collège des médecins du Québec s’est fait remarquer pour ses nombreux manquements au respect de l’intégrité des personnes et certains actes d’abus de pouvoir. En 2005, le CMQ a ainsi fait part d’un positionnement sur la contention chimique parfaitement alarmant. Dans leur énoncé, une question est lancée : quand s’arrête le traitement et où commence le contrôle ? Selon cette organisation, la réponse se situe dans le jugement clinique : toute personne est donc uniquement un cas clinique. À ce jour, il ne s’est toujours pas prononcé sur la définition de la « contention chimique ». Afin de respecter sa mission de promouvoir une médecine de qualité au service du public, le CMQ dispose d’un syndic qui a pour mission d’être le gardien de la déontologie et du règlement des médecins. Or, en 2014, le syndic s’est montré très complaisant envers des médecins accusés d’abus sexuels dont une grande part des victimes sont des personnes vivant un problème de santé mentale.

Institut Philippe Pinel

L’Institut national de psychiatrie légale Philippe-Pinel a reçu le prix Citron en 2007 pour son recours à des méthodes et à des traitements inhumains et dégradants qui se sont déroulés de 1999 à 2002. Rappelons qu’en 2003, des patients ont déposé un recours collectif contre l’Institut, alléguant que l’établissement violait leurs droits fondamentaux. Les requérants, qui n’étaient ni prévenus, ni détenus, ont fait l’objet de mises en isolement, d’imposition de menottes, de fouilles à nu, de fouilles corporelles, de prises d’empreintes digitales et de photographies. Plus récemment, en 2016, un rapport d’enquête du Collège des médecins et de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec mentionnait notamment que l’établissement a partiellement perdu de vue sa vocation hospitalière en adoptant une approche carcérale. Hôpital ou prison ? La question avait ensuite résonné fort à l’hiver 2016/2017, mettant le doigt sur la question des droits des patients. Depuis, la direction de l’établissement a tenté de redorer l’image de l’Institut, notamment en ouvrant ses portes aux journalistes et en empruntant un virage écologique et écoresponsable.