Hier, les membres de la commission spéciale sur l’évolution de la Loi concernant les soins de fin de vie ont remis leur rapport. Ils devaient répondre à deux questions concernant la santé mentale :
 – doit-on permettre le recours à l’aide médicale à mourir aux personnes dont le seul problème médical est un trouble mental?
– et, le cas échéant, quels critères devraient baliser l’élargissement de l’aide médicale à mourir pour ces personnes.
La réponse est sans équivoque, c’est NON. Une fois de plus, les droits et la souffrance des personnes vivant un problème de santé mentale ne sont pas pris en compte.

L’une des raisons évoquées est « l’absence de consensus parmi les psychiatres et les autres spécialistes sur l’incurabilité des troubles mentaux, et l’irréversibilité du déclin des capacités qui leur sont associées ».
→ Est-ce qu’il y avait consensus des experts lors des consultations menées par la Commission spéciale Mourir dans la dignité de 2009 à 2012? À ce jour, il y a toujours des médecins qui s’élèvent contre l’aide médicale à mourir. Pourquoi donc retenir ce critère uniquement dans le domaine de la santé mentale?

Les membres de la commission se sont demandé si un meilleur accès aux soins en santé mentale devrait précéder l’élargissement potentiel de l’aide médicale à mourir aux personnes dont le seul problème médical est un trouble mental.
→ À ce sujet, écoutons l’avis du médecin omnipraticien Alain Naud qui pratique les soins palliatifs depuis 31 ans. Il est l’un des premiers médecins à parler publiquement du service d’aide médicale à mourir après l’entrée en vigueur de la Loi concernant les soins de fin de vie. « Il a rappelé qu’il a été possible d’améliorer la qualité et l’accès aux soins palliatifs tout en mettant en place l’aide médicale à mourir au moment de l’adoption de la Loi concernant les soins de fin de vie. À son avis, la même chose pourrait être faite pour l’accès aux ressources en psychiatrie. »

« L’élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir pour les personnes dont le seul problème médical est un trouble mental ne semble pas bénéficier d’un consensus social. »
→ L’AGIDD-SMQ n’est pas surprise qu’il n’existe pas de consensus social, parce que la société en général ne SAIT pas ce que ça veut dire « éprouver des souffrances physiques ou psychiques constantes, insupportables et qui ne peuvent être apaisées dans des conditions que la personne juge tolérables. » À l’instar du commentaire retenu de la part du Dre Mona Gupta, psychiatre et professeure de psychiatrie, « on ne pense pas à ces personnes parce qu’on ne les connaît pas. ». Les membres de la commission se sont fait le reflet de la société à ce chapitre et ce, sans égard au point de vue des personnes concernées.

« Nous n’avons pas constaté de mobilisation particulière au sein de la société à cet égard. »
→ Il serait extrêmement surprenant que les personnes souffrantes à l’excès prennent la parole pour mobiliser la société à leur réalité. Ça se vit dans la sphère privée, dans le silence et la honte. Car ce qu’on entend sur la santé mentale dans les médias c’est lorsqu’il se produit une tragédie et la solution ultime pour régler ces problèmes, ce sont les médicaments. Alors, quand rien ne vous soulage, quand aucun traitement ne vient apaiser ces souffrances insupportables, vous vous refermez sur vous-même et malheureusement plusieurs personnes décident de mettre fin à leur vie de souffrance dans des circonstances inhumaines, dégradantes et indignes.

L’AGIDD-SMQ partage l’avis de l’Association des médecins psychiatres du Québec qui considère que cette décision est discriminatoire.
→ Cette position va dans le sens du jugement Truchon-Gladu : « Les personnes souffrant d’une condition psychiatrique ont la possibilité, comme tout autre Canadien de demander et de recevoir l’aide médicale à mourir, et ce, peu importe leur diagnostic officiel, du moment qu’elles sont jugées aptes par deux médecins indépendants et qu’elles satisfont aux autres exigences de la loi. » Rappelons que dans les pays où l’aide médicale à mourir est offerte pour raison de santé mentale (Belgique, Luxembourg et Pays-Bas), les demandes représentent un très faible pourcentage (1 à 3%) des demandes d’aide médicale à mourir. Et un peu plus de la moitié des personnes qui en font la demande se rétractent.

Le constat est attristant : les demandes d’aide médicale à mourir pour raison de santé mentale ne font pas l’objet de la même compassion que celle accordée aux personnes qui reçoivent un diagnostic de maladie grave et incurable menant à l’inaptitude.
→ Au nom d’un excès de prudence, les membres de la commission ferment la porte sans donner l’occasion aux personnes vivant un problème de santé mentale, aux acteurs et actrices impliqué·e·s dans ce domaine et à la société, de poursuivre la réflexion. À notre avis, ce n’est que partie remise. Les personnes qui vivent un problème de santé mentale ont droit à la même considération. En effet, une société qui a eu le courage de se positionner sur une question aussi fondamentale, que celle d’avoir le choix de mourir dans la dignité, a le devoir de mener cette réflexion à maturité.