De grands principes définissent la philosophie, les valeurs et les façons de faire de l’AGIDD-SMQ

La primauté de la personne

«Assurer la primauté de la personne implique le respect de sa personnalité, de sa façon de vivre, de ses différences et des liens qu’elle entretient avec son environnement. C’est également miser sur ses capacités, tenir compte de son point de vue, favoriser sa participation et celle de ses proches. Cette orientation suppose enfin sa participation dans les décisions qui la concernent, la prise en considération de l’ensemble de ses besoins et de sa condition bio-psycho-sociale ainsi que le respect de ses droits.»

Source : Politique de santé mentale, p.23

Le préjugé favorable

Faire preuve d’un préjugé favorable envers les personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale signifie que l’on doit les soutenir dans l’expression de leurs choix et respecter leurs valeurs, selon leurs propres lecture et interprétation de leur réalité.

Source : Cadre de référence pour la promotion, le respect et la défense des droits en santé mentale, p.12

La globalité de la personne

  • La personne a une histoire.
  • Elle vit dans un milieu donné.
  • Elle a des conditions économiques, sociales, culturelles civiles et politiques qui donnent à sa souffrance des caractéristiques propres, qui marquent ses relations avec elle-même, avec les autres et avec la société.
  • La personne possède des capacités d’être et non pas seulement des difficultés d’être (difficultés, limitations).
  • La personne développe ses propres stratégies d’existence.
  • Elle possède un réseau social.
  • Elle est un être sexué et spirituel.
  • La personne doit être accueillie de façon humaine, personnalisée, et chaleureuse.
  • On lui reconnaît son droit à la différence
  • On respecte sa dignité et son intégrité.

C’est pourquoi nous considérons les besoins de la personne de façon globale incluant la défense des droits et la promotion-vigilance.
Source : AGIDD-SMQ, L’Autre côté de la pilule (2e édition), programme de formation,  Cahier du participant, novembre 2011, page 24.

L’appropriation du pouvoir

L’appropriation du pouvoir fait référence au processus par lequel une personne retrouve son autonomie et acquiert une plus grande maîtrise de sa vie.

Le processus d’appropriation du pouvoir s’enclenche bien souvent par une prise de conscience, celle qu’il est possible d’avoir un plus grand contrôle sur ce qui est important pour soi (la personne conscientise qu’elle peut «agir» et qu’elle n’a pas seulement à «subir»).

Bien sûr, l’appropriation du pouvoir ne veut pas dire abus de pouvoir! Elle n’est pas un état de fait, mais une démarche permettant à la personne d’acquérir les habiletés qui lui permettront de contrôler davantage sa vie et son destin.

L’appropriation du pouvoir est à l’opposé de la prise en charge de la personne. Elle favorise l’autonomie et permet d’augmenter l’estime de soi, de réduire l’isolement. De par son essence même, la démarche d’appropriation du pouvoir est source d’espoir et offre aux personnes la motivation nécessaire pour rechercher des solutions à leurs problèmes, leur permettant ainsi d’obtenir un meilleur contrôle sur leur vie au quotidien.

Le fait de devenir autonome ne signifie pas qu’il faille régler seul ses problèmes. Utiliser des ressources existantes (personnelles, communautaires, publiques, privées), c’est aussi faire preuve d’autonomie.

Ce processus englobe les aspects individuels et collectifs.

L’appropriation du pouvoir mène vers la reconnaissance d’un statut de citoyen à part entière.

Source : AGIDD-SMQ, Être délégué régional, c’est quoi?, Cahier du formateur, annexe 3, mars 2008.

La notion du Par, Pour et Avec

La personne vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale est le maître d’œuvre de toute action, décision et orientation la concernant. Elle exerce son pouvoir avec l’aide et l’appui d’autres personnes utilisatrices de son choix. Elle agit de la même façon auprès de ses pairs, c’est ce qui correspond au Par et Pour.

De plus, l’expérience de l’appropriation du pouvoir des personnes se développe en étroite collaboration avec différents alliés. En effet, en occupant majoritairement ou complètement les espaces démocratiques que sont les conseils d’administration des organismes communautaires, elles font souvent le choix d’engager des équipes de travail composées par des individus ne vivant pas nécessairement un problème de santé mentale. Également, elles s’associent souvent avec des chercheurs, des avocats, des sociologues ou tout autre type de professionnels qui s’associent, s’engagent et revendiquent de concert avec elles les principes et les valeurs du mouvement alternatif et de la défense des droits en santé mentale. C’est ce qu’on appelle le Avec.

Les composantes d’une vision critique

La vision critique est une démarche qui permet de se forger un avis, une idée sur une chose en ne tenant rien pour acquis. Ses outils sont notamment :

  • L’intérêt : avoir envie de savoir.
  • La curiosité : s’interroger sur la réalité des faits, voir si c’est la réalité ou une interprétation de celle-ci.
  • La connaissance de ses droits et libertés (le respect et la dignité de la personne, la liberté d’expression, le droit à l’information, etc.).
  • L’accès à l’information provenant de plusieurs sources.
  • La vérification de l’indépendance des sources d’information.
  • L’analyse du pour et du contre.
  • La remise en question d’un système et non pas d’une personne.
  • L’approche égalitaire : se sentir l’égal de l’autre.
  • La connaissance des monopoles et du pouvoir de l’information.
  • L’évaluation des modèles traditionnels et la prudence face aux nouvelles tendances et aux modes.
  • L’impact des nouveaux modèles.
  • La reconnaissance de l’expertise et de l’originalité.
  • La clarté : les traditionnelles questions journalistiques : qui, quoi, quand, où, comment, pourquoi?
  • L’humour : souvent il permet d’obtenir des réponses à des questions inattendues où de défaire des préjugés.
  • « L’accès à des lieux pour développer l’expression et la réflexion.

Source : AGIDD-SMQ, L’Autre côté de la pilule (2e édition), programme de formation, Cahier du participant, novembre 2011, page 14.

L’éducation populaire : un modèle d’apprentissage

«L’ÉDUCATION POPULAIRE AUTONOME, C’EST… l’ensemble des démarches d’apprentissage et de réflexion critique par lesquelles des citoyens et citoyennes mènent collectivement des actions qui amènent une prise de conscience individuelle et collective au sujet de leurs conditions de vie ou de travail, et qui vise à court, moyen ou long terme, une transformation sociale, économique, culturelle et politique de leur milieu* ».

Les principes

  • Avoir une visée de transformation sociale et travailler sur les causes des problèmes sociaux plutôt que sur les effets.
  • Adopter des démarches d’apprentissage qui mènent à des actions collectives.
  • Rejoindre des populations qui ne contrôlent pas ou peu leurs conditions de vie et de travail.
  • Favoriser la prise en charge du groupe et des démarches d’apprentissage par la population.

Éléments complémentaires**

On peut aussi associer l’éducation populaire autonome :

  • aux fonctionnements démocratiques;
  • à une démarche qui vise l’ensemble de la population ayant peu ou pas de pouvoir;
  • à l’autonomie d’action.

Il est important de créer des outils d’information et de formation qui vont permettre aux personnes de*** :

  • comprendre et de s’approprier à la fois les mandats et objectifs de l’organisme afin d’y participer pleinement et de prendre part aux décisions (assemblée générale, conseil d’administration, comités de travail, représentation, consultation, etc.);
  • développer leurs capacités et potentiel pour se prendre en charge (aide, accompagnement, accommodement, accessibilité universelle, vision critique, etc.);
  • développer un esprit critique;
  • exercer leur citoyenneté (reconnaissance de leur expertise, développement de l’empowerment, participation à l’élaboration de prise de position, transfert d’expertise, etc.);
  • porter des actions visant la transformation sociale pour un mieux-être collectif;
  • développer un sentiment de solidarité avec les autres personnes et organismes (compréhension des enjeux portés par les autres organismes, délégation, représentation, etc.).

*             Mouvement d’éducation populaire et d’action communautaire du Québec (MEPACQ) / Congrès d’orientation de décembre 1990.

**          Table ronde des organismes volontaires d’éducation populaire de l’Estrie, Outils d’appropriation de l’éducation populaire autonome produit par la TROVEPE /1992 et réimprimé en 1998.

***        Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA), L’ACA sous toutes ses coutures, Cahier du participant, de la participante, octobre 2009.

L’AGIDD-SMQ et ses groupes membres : D’abord des groupes communautaires

Selon la Politique de reconnaissance de soutien de l’action communautaire (Gouvernement du Québec, septembre 2001, p. 21), 8 critères définissent un organisme communautaire :

L’action communautaire au sens large :

  • Avoir un statut d’organisme à but non lucratif (Organisme enregistré en vertu de la troisième partie de la Loi sur les compagnies du Québec ou de la deuxième partie de la Loi sur les corporations canadiennes).
  • Démontrer un enracinement dans la communauté.
  • Entretenir une vie associative et démocratique.
  • Être libre de déterminer leur mission, leurs orientations, ainsi que leurs approches et leurs pratiques.

En plus des 4 critères énumérés précédemment et s’appliquant à l’ensemble des organismes communautaires, les organismes d’action communautaire autonome répondent aux 4 critères suivants :

  • Avoir été constitué à l’initiative des gens de la communauté.
  • Poursuivre une mission sociale propre à l’organisme et qui favorise la transformation sociale.
  • Faire preuve de pratiques citoyennes et d’approches larges axées sur la globalité de la problématique abordée.
  • Être dirigé par un conseil d’administration indépendant du réseau public.

Notre appartenance à une philosophie alternative

La philosophie du mouvement alternatif en santé mentale s’exprime à partir des approches et des pratiques développées depuis le début des années 1980 par les groupes communautaires et alternatifs. Ces approches et pratiques reposent non seulement sur ce qui différencie le mouvement alternatif du modèle biomédical de la santé mentale, mais davantage sur la manière d’accueillir la souffrance psychique et la détresse émotionnelle.

De plus, les ressources alternatives se distinguent des autres organismes du mouvement communautaire par le fait qu’elles sont inscrites dans un mouvement social alternatif en santé mentale affirmé par :

  • Une façon autre d’accueillir la souffrance psychique et la détresse émotionnelle.
  • Une reconnaissance de la parole des personnes usagères, de leur expérience et de leur vécu.
  • Une place prépondérante occupée par les personnes usagères dans la société (être vues et entendues).
  • Une vision de la communauté en tant qu’actrice de son développement.
  • Un point de vue critique en regard de l’approche biomédicale de la santé mentale.

C’est ce mouvement social alternatif qui porte l’Ailleurs et l’Autrement en santé mentale!

Source : L’Alternative en santé mentale – RRASMQ 2009, p.3