OPINION | MARITÉ LORD CHARGÉE DE PROJET, REPRÉSENTACTION SANTÉ MENTALE QUÉBEC |

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) reprend ses travaux afin d’achever son Plan d’action en santé mentale 2020-2025, lequel suscite plus que jamais de grands espoirs, surtout chez les personnes utilisatrices de services qui rêvent d’y retrouver le reflet de leurs préoccupations et réalités.

C’est l’hiver dernier qu’à travers la structure ReprésentACTION santé mentale Québec – née du mouvement de défense des droits – les souhaits des personnes utilisatrices de services en santé mentale de plusieurs régions ont été recueillis. Pour sortir du témoignage individuel et des anecdotes, leur parole a été collectivisée et déposée au MSSS sous forme de recommandations pour le Plan d’action en santé mentale (PASM) 2020-2025.

Ce que nous avons beaucoup entendu, c’est le besoin qu’ont les personnes vivant ou ayant vécu un problème de santé mentale de « donner du sens » à ce qu’elles vivent, car elles doivent parfois revoir leur mode de vie et leurs aspirations pour le futur.

Pour elles, de nombreux stigmates s’ajoutent à celui d’être étiquetées d’un diagnostic psychiatrique : vivre dans la pauvreté, dans un logement inadéquat, dans un lieu où les transports en commun sont déficients ; être en arrêt de travail ; composer avec des difficultés familiales, bref, être dans un état d’isolement social.

Elles estiment que le gouvernement doit s’atteler à la réduction des obstacles qu’elles vivent, mais aussi les soutenir quand vient le temps de les traverser. Une attention particulière doit être accordée à la lutte contre la pauvreté, car cette dernière amplifie les nombreuses difficultés vécues par les personnes vivant un problème de santé mentale. Une recommandation éloignée du concept de la « maladie », mais ancrée dans les déterminants sociaux de la santé.

Notre démarche consultative a aussi été l’occasion de discuter de la place de la médication dans la vie des personnes. La médication est très présente dans leur quotidien, mais – fait révélateur – dans les deux derniers plans d’action en santé mentale, on en a fait complètement abstraction.

Sans pour autant rejeter l’apport que peuvent avoir les médicaments pour elles, elles en ont assez de se faire dorer la pilule ! Elles ont partagé sur les effets graves de la médication sur leurs capacités cognitives (mémoire, concentration, attention), sur leur apparence physique (prise de poids), voire sur leur vie sexuelle. Tous ces effets rendent ardue leur réintégration à la vie dite « normale ». Elles parlent de rêves brisés.

Elles recommandent au ministère de la Santé et des Services sociaux de financer la recherche sur les alternatives aux médicaments psychotropes, mais aussi sur le thème de la déprescription, car elles visent une plus grande autonomie par rapport à leur santé mentale.

Concernant les services, elles ont parlé du temps d’attente à l’urgence, du sentiment d’avoir été laissées à elles-mêmes sur une liste d’attente ainsi que des services de crise qui ne sont pas accessibles partout, qui sont au maximum de leur capacité ou encore qui ont des restrictions pour les gens « qui ne sont pas assez en crise ».

DU TEMPS, SVP

En recueillant les commentaires suite à notre consultation, on nous a souvent dit : « On s’est sentis écoutés ! » Des paroles qui ne sont pas anodines, car les personnes ont été nombreuses à mentionner, à l’égard des services en santé mentale, qu’elles se sentent bousculées dans le temps pour raconter leur histoire aux divers intervenants qu’elles rencontrent, particulièrement leur médecin, qu’elles ne peuvent pas poser toutes les questions qu’elles veulent et qu’elles ressentent cela comme un manque de respect.

Ce manque d’écoute s’est même fait sentir lorsqu’elles avaient des préoccupations importantes, notamment sur des effets incommodants de leur médication. Pour elles, le manque de temps ainsi que la pénurie de personnel sont à l’origine de pratiques abusives comme le recours à l’isolement et à la contention, en plus de contribuer à des rechutes.

Leur recommandation pour le prochain plan d’action a pris la forme d’un cri du cœur où elles en appellent à plus d’investissement dans les services en santé mentale afin que les personnes « sentent qu’elles sont plus importantes que les coupes budgétaires dans le réseau de la santé ».

On voit que les personnes utilisant les services en santé mentale en ont beaucoup à dire et que la seule façon de connaître et de collectiviser leurs revendications, c’est de les écouter, c’est de mettre en pratique le principe de primauté de la personne, une orientation issue de la Politique de santé mentale (MSSS, 1989) qui suppose la participation de la personne dans les décisions qui la concernent, le respect de ses droits ainsi que la prise en considération de l’ensemble de ses besoins.

Nous nous adressons aujourd’hui au ministre responsable du dossier de la santé mentale, monsieur Lionel Carmant, ainsi qu’à l’ensemble des membres de l’Assemblée nationale afin que la crise sanitaire n’ait pas raison des consultations prévues sur le prochain PASM. Et surtout, prenons le temps d’écouter les premières concernées, les personnes vivant un problème de santé mentale.