Le 13 novembre 2018, 14 organisations québécoises intervenant en matière de droit à la santé et aux services sociaux ont rencontré M. Dainius Pūras, Rapporteur spécial des Nations Unies sur le droit de toute personne de jouir du meilleur état de santé physique et mentale possible. En visite officielle au Canada du 5 novembre au 16 novembre 2018, le Rapporteur a procédé à différentes rencontres avec la société civile et les autorisés politiques «pour apprécier la jouissance du droit à la santé, y  compris la disponibilité, l’accessibilité, l’acceptabilité et la qualité des soins de santé». Des rencontres ont été tenues en Colombie-Britannique, au Manitoba, en Ontario et au Québec.

Son rapport sera déposé au Conseil des Droits de l’homme des Nations Unies en juin 2019.

Voici ces observations préliminaires concernant la santé mentale :

«Au cours des dernières années et des dernières décennies, le Canada a considérablement investi dans la promotion de la santé mentale et la prévention des problèmes de santé mentale, ainsi que dans le traitement et la réadaptation des handicaps psychosociaux et autres problèmes de santé mentale. Il existe de nombreuses bonnes pratiques dans différentes provinces qui méritent d’être saluées et reproduites partout au Canada et dans le monde, en particulier dans le domaine des services de santé mentale pour enfants et adolescents. Je donnerai davantage de détails à ce propos dans mon rapport.  

Cependant, j’aimerais aussi exhorter les autorités fédérales et provinciales à faire progresser davantage la réalisation du droit de chacune et chacun à la santé mentale et la réalisation de tous les droits humains des personnes ayant une déficience psychosociale, intellectuelle et cognitive. 

Premièrement, les déterminants de la santé mentale, tels que les inégalités, la discrimination et la violence, doivent être abordés avec une volonté politique plus forte et des investissements accrus, afin de prévenir efficacement les facteurs de risque en lien avec les conséquences négatives en santé mentale. À cet égard, surmonter les difficultés de la petite enfance est d’une importance cruciale, compte tenu de leur impact nuisible et de leur corrélation avec une prévalence plus élevée de divers modes de vie funestes pour la santé physique et mentale, notamment les suicides, les épidémies de décès par surdose d’opioïdes et les conséquences plus néfastes sur la santé des peuples autochtones, notamment.

Deuxièmement, le Canada pourrait et devrait se faire le champion de l’évaluation critique de la situation actuelle des politiques et des services de santé mentale, tant au pays que dans le monde, et de la modernisation des politiques et des services de santé mentale à travers un soutien international. La coopération internationale du Canada devrait être axée sur la prestation de services de santé mentale fondés sur les droits et devrait se détourner des services basés sur la surmédicalisation et la coercition, conformément à la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Ces conditions devraient être obligatoires pour présenter une demande d’aide internationale au Canada. Je considère qu’il y a de bonnes opportunités pour ces progrès substantiels et j’en parlerai plus en détail dans mon rapport.  

L’objectif principal est de parvenir à la parité entre la santé mentale et la santé physique dans la prestation des services de santé. Mais pour que cela se produise, des décisions politiques doivent être prises afin de donner la priorité aux investissements dans les services qui sont conformes à l’approche fondée sur les droits de la personne et qui n’alimentent pas le cercle vicieux de la discrimination, de la stigmatisation, de l’exclusion et de l’utilisation abusive du modèle biomédical.  

Au cours de ma visite à l’Hôpital général de Vancouver, j’ai observé le haut niveau de qualité des soins physiques spécialisés pour les personnes qui ont besoin de soins intensifs ou d’autres soins physiques, conjointement avec une bonne gestion des admissions et des aiguillages. Ces mêmes niveaux élevés devraient être atteints lorsque des problèmes liés à la santé mentale et à la consommation d’alcool et d’autres drogues apparaissent ; mais pour que cela se produise, il faut d’autres solutions novatrices que d’investir simplement dans des interventions biomédicales. C’est pourquoi il est si important de s’attaquer aux déséquilibres dans les prestations et le financement des questions liées à la santé.  

Le mouvement Choisir avec soin (en anglais Choosing Wisely Canada) offre des pistes pertinentes à cet égard, en lien avec cette volonté de réduire le nombre de tests, de traitements et de procédures inutiles.» Source

Consultez le rapport déposé par l’AGIDD-SMQ.