Plan d'action en santé mentale 2005-2010 - Où sont les personnes?
MONTREAL, le 15 juin /CNW Telbec/ - Le plan d'action en santé mentale
2005-2010 dévoilé aujourd'hui entend lutter contre la stigmatisation des
personnes vivant un problème de santé mentale. Pour l'Association des groupes
d'intervention en défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ),
toute activité de sensibilisation devra s'attaquer au plus grand préjugé
véhiculé sur les personnes vivant un problème de santé mentale, celui qu'elles
sont potentiellement dangereuses.
"Quand il est question de problèmes de santé mentale dans les médias, la
violence et la criminalité y sont généralement étroitement associées. Il ne
faut pas banaliser de tels événements, mais ils représentent une infime partie
de la réalité des personnes vivant un problème de santé mentale!
Malheureusement, ces événements déplorables rejaillissent sur l'ensemble des
personnes vivant un problème de santé mentale et les font souffrir",
d'expliquer Doris Provencher, coordonnatrice de l'AGIDD-SMQ, tout en déplorant
que le plan d'action ne cible pas ce préjugé comme étant prioritaire.
Un autre facteur de stigmatisation auquel il faudrait s'attaquer touche
particulièrement l'accueil que les intervenants du réseau de la santé font aux
personnes vivant un problème de santé mentale. Les personnes se sentent
accueillies à travers le prisme de leur diagnostic. Trop souvent, elles ont le
sentiment qu'on ne considère pas leurs points de vue et leurs demandes.
En plus de prévoir la mise en place d'une campagne nationale visant à
réduire la stigmatisation et la discrimination entourant les problèmes de
santé mentale, le réseau de la santé et des services sociaux est invité, dans
ce plan, à réaliser des "activités sociétales" d'information et de
sensibilisation. L'AGIDD-SMQ s'interroge fortement sur les buts de ces
activités : réduire les obstacles au traitement, informer sur les possibilités
thérapeutiques et les lieux de consultation, etc. Bref, les buts sont
principalement médicaux; il n'y a rien sur le sujet primordial des droits et
recours en santé mentale ou encore des ressources alternatives.
Formation
Le MSSS estime essentiel d'assurer la formation continue des intervenants
du réseau de la santé, en accord avec les actions prioritaires du plan
2005-2010. Tout programme de formation doit inclure les sujets des droits et
recours. En raison de leur impact majeur dans la vie des personnes, l'accent
doit être particulièrement mis sur la question de l'hospitalisation
involontaire, le recours aux électrochocs, ainsi que sur la question de
l'isolement et la contention.
Le plan d'action fait état de deux nouvelles fonctions importantes, celle
d'"agent de liaison" et d'"intervenant pivot". Non seulement ces personnes
devront être très bien informées sur la question des droits en santé mentale,
mais elles devront être en contact avec les organismes de promotion et de
défense de droits. Cela s'avère essentiel à un réel changement de pratique.
Par ailleurs, forte de ses 15 années d'expérience sur le terrain,
l'AGIDD-SMQ indique que la formation aux usagers est tout aussi importante que
la formation aux intervenants. Heureusement, le plan prévoit la diffusion
d'information et d'outils nécessaires aux personnes utilisatrices de services
pour favoriser leur participation à l'implantation du plan d'action. Pour
Mme Provencher, les personnes devraient également être impliquées dans la mise
en place de ces formations. "Impliquer les personnes directement concernées au
coeur des décisions, voilà la clé du succès d'un tel plan", conclut-elle.
L'AGIDD-SMQ regroupe 30 organismes répartis dans toutes les régions du
Québec, dont 15 de promotion et de défense de droits. L'association lutte pour
la reconnaissance et l'exercice pour les personnes vivant ou ayant vécu des
problèmes de santé mentale, des droits de tout citoyen. L'AGIDD-SMQ porte un
regard critique sur les pratiques en santé mentale et s'implique pour le
renouvellement de ces pratiques. Elle contribue également à ce que les
personnes reprennent du pouvoir sur leur vie en rendant accessible toutes les
informations sur les droits et sur la médication.
-30-