Texte publié dans La Presse, le 25 mars 2021.
Par Doris Provencher, directrice générale de l’AGIDD-SMQ
, Anne-Marie Boucher, coordonnatrice au RRASMQ, et Marité Lord, chargée de projets ReprsentACTIONsmq.

Malgré son apparence démocratique, la participation proposée aux acteurs du réseau de la santé et des services sociaux, notamment aux personnes qui vivent un problème de santé mentale, est trop brève pour être réellement efficace.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux travaille actuellement à l’élaboration du Plan d’action interministériel en santé mentale 2021-2026 (PAISM). Force est de constater que dans sa manière de consulter les différents partenaires impliqués dans ce domaine, il renie 30 ans de pratique que l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) et le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec (RRASMQ) tenaient pour acquis : la personne qui vit un problème de santé mentale doit être partie prenante de toute décision en ce qui concerne l’élaboration des services dans ce domaine.

Rappelons que les trois précédents plans d’action en santé mentale du MSSS ont tous donné une place prépondérante à la participation des personnes utilisatrices des services de santé mentale et s’inscrivaient ainsi dans la poursuite des objectifs de la Politique de santé mentale de 1989, notamment avec la publication en 2015 d’un Guide sur la participation des personnes à l’attention des établissements.

Depuis l’arrivée de la CAQ au gouvernement, deux forums en santé mentale ont été organisés : le Forum jeunes et santé mentale en mai 2019 et le Forum adultes et santé mentale en octobre 2019, au sein desquels les personnes utilisatrices de services étaient minoritaires.

Tristement, ces forums semblaient s’intéresser davantage aux témoignages des personnes qu’à leur participation dans la recherche de solutions qui leur conviendraient.

Par la suite, dans le cadre de l’élaboration du PAISM 2021-2026, une consultation faite auprès des regroupements et associations nationales œuvrant en santé mentale a eu lieu en décembre 2020 et les personnes utilisatrices n’y ont pas été conviées. Cela a été soulevé à de très nombreuses reprises par les groupes participants. Malgré nos avertissements répétés, le Ministère récidive et propose une nouvelle consultation au niveau régional en continuant d’évincer les personnes utilisatrices de services dans ce processus de consultation devant mener au PAISM 2021-2026.

Le format de la (non-)consultation amène à s’interroger sur l’importance accordée par le gouvernement aux recommandations des participants. Car malgré son apparence démocratique, la participation proposée aux acteurs du réseau de la santé et des services sociaux est trop brève pour être réellement efficace. Cette maigre implication des acteurs traduit un désengagement du gouvernement, un recul de son intérêt de procéder à une réelle transformation, en continuité avec les principes de la Politique de santé mentale.

L’accent est mis sur les structures, la recherche d’efficacité, le point de vue médical.

Pendant ce temps, les personnes à qui s’adressent les services en santé mentale sont les grandes oubliées dans ce système qui démontre de façon flagrante le peu de cas que l’on fait d’elles.

En tant qu’organismes qui œuvrent par, pour et avec les personnes vivant un problème de santé mentale, nous sommes consternés, déçus et révoltés de voir que le MSSS fait fi de plus de 30 ans d’avancées sur le plan de la participation des personnes. Nous tenons à rappeler au ministre qu’elles doivent être au cœur des consultations, que leur parole doit être le fondement des orientations du MSSS. À cet effet, nous avons proposé la mise sur pied d’un comité consultatif et de suivi du prochain PAISM, permettant de corriger le tir en faveur d’une plus grande participation des personnes. Nous continuerons à défendre ce principe tant que le Ministère demeurera sourd à cette légitime demande.

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