Texte publié dans La Presse, le 05 mars 2021.
Par Doris Provencher, directrice générale de l’AGIDD-SMQ

Le projet de loi C7 portant sur l’aide médicale à mourir est actuellement en débat à la Chambre des communes et un quatrième et « ultime » délai a été accordé par un juge de la Cour supérieure du Québec (26 mars 2021). Bien que ce projet de loi spécifie que l’aide médicale à mourir n’est pas permise lorsque la maladie mentale est la seule condition médicale invoquée, il est fort probable que cette restriction ne sera pas maintenue indéfiniment.

Œuvrant depuis 30 ans pour l’exercice et la reconnaissance des droits des personnes ayant, ou ayant eu, un problème de santé mentale, les revendications de l’Association des groupes d’intervention en défense des droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ) ont toujours été nourries par leurs paroles. Qui sommes-nous pour décider, à la place de la personne qui vit avec des souffrances persistantes et intolérables, si elle doit continuer à vivre ou non ?

Qui est mieux placé que la personne qui les vit pour juger du caractère soutenable ou insoutenable de ses souffrances ? Décider de mourir dignement est légitime et l’accepter relève du respect de la personne.

Il nous semble évident que la seule attitude à adopter face à la détresse des personnes qui demandent l’aide médicale à mourir doit être empreinte d’humilité, d’écoute et de respect. Respecter leur choix peut aller à l’encontre de nos convictions personnelles et profondes en faveur de la vie. Après tout, nous sommes humains et nos expériences personnelles forgent nos opinions. Mais le respect du choix d’une personne au regard de sa propre vie n’est pas négociable.

Nous pensons que chaque individu devrait avoir le droit d’accéder à ses choix au regard de sa propre vie, plus particulièrement lorsque ces choix touchent de près à la question de la dignité humaine. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’AGIDD-SMQ prône l’appropriation du pouvoir des personnes, en accord avec l’exercice des droits fondamentaux contenus dans la Charte canadienne des droits et libertés.

Rappelons ce que la juge Christine Baudouin disait concernant la santé mentale dans le jugement Truchon-Gladu en septembre 2019 : « Finalement, il faut rappeler que ni l’arrêt Carter, ni la loi fédérale n’excluent les personnes souffrant d’une condition psychiatrique de la possibilité, comme tout autre Canadien qui respecte les exigences législatives, de demander et de recevoir l’aide médicale à mourir. Ces personnes y deviennent donc admissibles peu importe leur diagnostic officiel, du moment qu’elles sont jugées aptes par deux médecins indépendants et qu’elles satisfont aux autres exigences de la loi. » (p. 104-105)

C’est pourquoi l’AGIDD-SMQ demande au gouvernement fédéral l’inclusion des personnes qui vivent un problème de santé mentale dans toute réflexion entourant l’aide médicale à mourir, car ce sont elles qui seront touchées par cette loi. Également, le législateur devra tout mettre en œuvre pour que la nouvelle loi respecte leurs choix et leurs droits. C’est une question d’égalité et de dignité humaine.

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