11 novembre 1999 : Mot de clôture

 

Pierre Michaud

Sous-ministre adjoint, ministère de la santé et des services sociaux

 

Je suis très heureux d'être parmi vous à titre de sous-ministre adjoint responsable des services à la population et notamment des services en santé mentale, en déficience physique et intellectuelle, des services offerts aux personnes âgées, aux personnes toxicomanes et aux jeunes en difficulté. J’ai accepté avec beaucoup de plaisir de remplacer la ministre d'État à la Santé et aux Services sociaux, madame Pauline Marois, qui s’excuse de n'avoir pas pu répondre personnellement à l'invitation qui lui a été adressée de prononcer cette conférence. À cette période-ci de l'année en particulier, les ministres ont un calendrier extrêmement chargé; ils sont souvent obligés de se faire remplacer là où ils aimeraient bien être présents eux-mêmes.

« La primauté de l’éthique »

Le thème de votre rencontre fait apparaître des enjeux d'une extrême gravité qui ont trop longtemps été laissés dans l'ombre. Les contentions physiques en particulier – on le sait maintenant – sont en Amérique du Nord beaucoup trop utilisées, spécialement auprès des personnes âgées ; huit fois plus souvent au Canada qu'en Angleterre, selon les études disponibles.

Au Québec, 25 décès directement liés à l'utilisation de la contention ont été rapportés par le Bureau du coroner en chef au cours des dix dernières années.

Selon les motifs le plus souvent invoqués, l'utilisation de la contention a graduellement été introduite afin de protéger les patients contre d'éventuelles blessures et de contrôler les com­portements perturbateurs. Or, on n'a nulle part pu démontrer que l'utilisation plus fréquente de la contention assure une meilleure sécurité des personnes. Les études disponibles tendent également à démontrer que les techniques de contention ne facilitent pas non plus le travail du personnel. En raison de ses effets néfastes sur les plans physique et psychologique, plutôt que de faciliter la pratique professionnelle l'utilisation des contentions entraîne une augmentation du coût des traitements et de la charge de travail.

Il est troublant de constater à quel point il est difficile de transformer certaines pratiques, même dans une société comme la nôtre aussi attachée à la promotion et à la protection des droits de la personne et dans laquelle des progrès considérables ont été réalisés en matière de services sociaux, médicaux et psychiatriques.

Au moment de franchir le seuil d'un nouveau millénaire, après des siècles d'utilisation de pratiques abusives aux effets débilitants, nous devons admettre que nous utilisons encore trop souvent des moyens extrêmes qui portent lourdement atteinte à la dignité des personnes.

 

À suivre dans les Actes du colloque ...

 

Retour