Lettre d’opinion sur «Les délires meurtriers» à l’émission Enjeux
19 octobre 2006
Opposer les droits des
personnes vivant un problème de santé mentale
à la sécurité publique
est un raccourci dangereux
Ceci
dit, opposer les droits de toutes les personnes vivant un problème de santé
mentale à la sécurité publique est un raccourci dangereux. Rappelons ici que
les mesures légales actuelles découlent de tous les abus passés. En effet, il
a déjà été possible d’enfermer une personne pour toutes sortes de raisons
dans un hôpital psychiatrique et de l’y laisser; aucune loi ne la protégeait.
Ce n’est qu’en 1972 que le législateur a promulgué une loi de protection
qui encadrait de manière très stricte les règles d’hospitalisation
involontaire.
Les
gens vont chercher de l’aide lorsque leur situation devient insupportable tant
elle est souffrante. Mais la réponse offerte par le système de santé se résume
trop souvent à une consultation très courte, mais lourde de conséquences. En
effet, les personnes se retrouvent alors cloîtrées dans un diagnostic émis hâtivement.
Généralement, la réponse offerte à leur souffrance se résume à une
prescription de médicaments psychotropes. Le reportage d’Enjeux démontrait
bien l’importance accordée à
Le
reportage d’Enjeux est axé sur les conséquences néfastes de cesser
brusquement la médication. Néanmoins, la question de la médication mérite
une réflexion beaucoup plus approfondie que celle que nous avons vue.
Pourquoi
les personnes laissent tomber leur médication? Quelques hypothèses ont été
émises dans le reportage : les personnes ne reconnaissent pas leur «maladie»;
elles ne voient pas l’utilité du traitement médicamenteux; elles estiment
que les effets secondaires de la médication sont insupportables.
Selon
notre expertise, un éventail de facteurs beaucoup plus large explique pourquoi
les personnes arrêtent brusquement de prendre leur médication : le manque
d’information se rapportant au traitement proposé, les effets secondaires
importants et invalidants, l’inefficacité
du traitement, l’absence d’effets bénéfiques, le manque de suivis réguliers,
le peu d’écoute de la part des soignants. Mais plus important encore, la crédibilité
d’une personne vivant un problème de santé mentale est fréquemment mise en
doute par ceux qui sont supposés l’aider. Et sans crédibilité, comment bâtir
un lien de confiance?
Comment
se fait-il qu’il y ait, d’une part, des «délires meurtriers», et
d’autre part, des personnes abusées par le même système psychiatrique?
N’est-ce pas là l’illustration flagrante de l’incapacité de ce système
à répondre sans cœrcition à la souffrance?
Alors
qu’elle est la solution? La solution miracle n’existe pas. Pour aider les
personnes ayant un potentiel de dangerosité, il faut considérer une multitude
de facteurs : les impacts réels de la médication, l’environnement
social, la qualité des soins reçus, l’accessibilité des ressources
alternatives en santé mentale, l’information sur leurs droits et recours. Il
faut écouter et demander aux personnes ce qu’elles veulent, ce qu’elles ont
besoin pour se rétablir.