11 novembre 1999 : Panel de clôture
Position de lAssociation des groupes dintervention en défense de droits en santé mentale du Québec
Coordonnateur de lAssociation des groupes dintervention en défense des droits en santé mentale du Québec.
Dans un premier temps, jaimerais remercier les organisateurs de permettre à lAssociation des groupes dintervention en défense de droits en santé mentale du Québec (AGIDD-SMQ), dexprimer sa position sur la question de lisolement et de la contention. LAssociation aimerait également souligner la participation de lensemble des partenaires concernés par ce dossier délicat. Il est vrai que depuis le début du colloque, plusieurs sujets ont soulevé des réactions, tantôt dans le but de susciter un débat, tantôt pour émettre des insatisfactions et des réactions, et ce, parfois de façon agressive. Cest la preuve que ce colloque était des plus pertinents.
La difficulté à laquelle est confrontée notre organisation actuellement réside essentiellement dans le questionnement suivant : le cadre législatif de larticle 118.1 de la Loi sur les Services de Santé et les Services Sociaux est-il suffisant pour imposer des changements dans les pratiques ? Il est clair cependant que les efforts de vouloir limiter lutilisation de telles mesures nous réjouissent, mais il reste beaucoup à faire pour se défaire complètement de ces pratiques controversées.
Dans notre société moderne, nous ne pouvons pas tolérer de telles mesures abusives qui lèsent les droits fondamentaux des personnes vulnérables. Lagressivité et la violence existent. Il faut être en mesure dintervenir et de gérer cette violence et cette agressivité. Les mesures en place actuellement, isolement et contention, nont pour objectif que de contrôler la violence. Comment peut-on, en utilisant des mesures coercitives, voire même violentes, répondre adéquatement à la violence. La violence institutionnelle existe et cest là quil faut également intervenir.
La loi ne pourra pas à elle seule régler tout le problème. Il faut également mettre en place des orientations claires qui viseront lélimination des mesures disolement et de contention. La réduction de lutilisation de ces mesures nest pas suffisante. Il faut viser la tolérance zéro.
Pour se faire, il faut que tous les intervenants, incluant les usagers et les médecins, mettent la main à la pâte pour changer les pratiques et trouver des solutions plus respectueuses des droits de la personne. Il va falloir travailler ensemble et se faire confiance. LAGIDD-SMQ demeure consciente de lampleur du défi, mais si cest la volonté de tous, nous arriverons sûrement à des résultats.
Lors de la première journée du colloque, on a pu faire le constat de la situation en matière de contention et disolement. Ce bilan, malgré quil soit sommaire, nous révèle lampleur de la situation. Il faut donc continuer à recenser les pratiques disolement et de contention. Ce recensement nous permettra de rester collé à la réalité et de mettre en uvre les actions pour permettre le changement des pratiques.
LAssociation propose également la création dun grand comité de travail pour établir les orientations en matière disolement et de contentions afin de baliser lapplication de la loi. Compte tenu de la spécificité de chacune des clientèles, il est également nécessaire de créer des sous-comités qui répondront à la nature même de la problématique de secteurs. Pour ce faire, il faut des échéanciers précis et serrés, ainsi que la nomination dun responsable au Ministère de la Santé pour encadrer les travaux à léchelle nationale.
Si nous mettons en place les actions de prévention, afin de mieux comprendre lagitation, lagressivité et la violence, il sera plus facile de gérer la violence, cest-à-dire intervenir au lieu de contrôler. Il faut également reconnaître lexistence de la violence institutionnelle. Les solutions préventives permettront didentifier les facteurs déclencheurs de la violence chez la personne. Ainsi, une intervention plus respectueuse des droits des personnes sera envisagée. Il faut viser labolition de larticle 118.1 de la loi quand tous les moyens seront mis en place pour pallier à lutilisation de la contention et de lisolement. Dici là, le caractère exceptionnel de lapplication législative prend tout son sens. Ces mesures doivent être utilisées de façon parcimonieuse en attendant la mise en place des moyens alternatifs et préventifs.
Durant le colloque, nous avons discuté timidement de la contention chimique. Dans notre société moderne, devoir avouer lutilisation des médicaments afin de contrôler les personnes nous ramène plusieurs décennies en arrière. Lagitation, la frustration, la colère et la violence ne sont pas des maladies. Ce sont des problèmes sociaux qui trouvent leurs solutions dans des interventions de type social. Cette façon de contrôler les personnes est, pour lAGIDD-SMQ, une intrusion face aux droits et libertés de la personne. Reconnaître la contention chimique est une aberration inacceptable. Permettre lutilisation de la médication à dautres fins que thérapeutiques cause un problème éthique important. Il faut retirer de la loi la contention chimique. Conserver cette disposition dans larticle de loi signifie cautionner une pratique inadmissible.
Les orientations ministérielles en matière disolement et de contention devront guider plus fermement lapplication de la loi. Il faudra, afin de sassurer du respect de la loi, des propositions et des dispositions daccessibilité pour les recours existants. Le comité de travail devra non seulement réfléchir à des orientations, mais aussi prévoir des mécanismes de recours pour les personnes lésées dans leurs droits. Il faudra également élaborer des cadres de responsabilité et dimputabilité. Laide et laccompagnement en défense des droits en santé mentale peuvent assurer le respect des droits des personnes mises sous contention ou en isolement. Cependant, la résistance des milieux institutionnels vis-à-vis des mécanismes de défense des droits crée un obstacle majeur à la réalisation de ce mandat.
La personne victime des mesures coercitives est la mieux placée pour réfléchir sur des pratiques préventives et alternatives. Il faut également, et cela à linstar des expertises internationales en matière de formation sur la gestion de la violence, impliquer les personnes dans les modèles québécois de formation. La dimension de la personne est incontournable et souhaitable pour mieux comprendre le vécu des personnes et également mieux saisir les facteurs déclencheurs de la violence et de lagressivité.
Donc, beaucoup de travail nous attend. Des échéanciers réalistes et à brèves échéances sont souhaitables pour atteindre nos buts collectifs. La tribune daujourdhui devrait nous convaincre de lurgence de la situation.
En terminant, jaimerais souligner la situation de lhôpital Rivière-des-Prairies, où lon a recensé lan dernier plus de 11 000 contentions. Cette situation dillégalité doit cesser immédiatement pour éviter des drames. Cette situation intolérable fait réfléchir notre organisation sur le respect de la loi actuelle. La loi perd tout son sens si nous ne sommes pas capables de la faire respecter.